First Witch : Hail !
Second Witch : Hail !
Third Witch : Hail !
Macbeth, I, 3
Grégoire Motte, humoriste kudasai
Le titre – japonais – de l’exposition de Grégoire Motte, Kumorasete kudasai1, signifie
littéralement : « Ennuagez, s’il vous plaît ». Voilà une injonction qui laisse un peu rêveur. Est-ce une malicieuse invitation, par temps de surveillance hygiénique galopante, à
transformer le white cube en enclos tabagique ? Ou bien nous prendrait-on pour quelque divinité, genre présentateur du bulletin météo, capable de faire à loisir la pluie et le beau
temps ? A moins, mais l’hypothèse est encore moins solide, qu’il ne s’agisse de quelque traduction de la version nippone de L’Etranger de Baudelaire qui n’aimait rien tant que « les
nuages, les merveilleux nuages » ? Eh bien, en cette belle soirée de vernissage, il suffit de jeter un coup d’œil par la porte vitrée de la salle d’exposition pour voir qu’il est servi,
l’étranger : on n’y voit rien, il pleut à verse, c’est trop de nuages d’un coup.
Renseignements pris, « Ennuagez, s’il vous plaît » est la plus exacte traduction
possible de « Embuez », titre d’une pièce de Grégoire Motte qui invitait les spectateurs de deux précédentes expositions à souffler à la surface d’une vitre, afin qu’y apparussent
quelques vers de Bérénice2.
Il est rare, convenons-en, de voir citer Racine dans le champ de l’art contemporain. Pour ceux
qui n’aurait qu’un souvenir vague ou pas de souvenir du tout de cette tragédie, je vous résume les faits. Titus, qui vient d’être nommé empereur, aime Bérénice, reine de Palestine. Or, les lois
de Rome interdisent à un empereur d’épouser une reine étrangère, fût-elle la descendante de Cléopâtre elle-même. Vertueux comme seul un Romain sait l’être, Titus doit dès lors sacrifier son amour
par respect des lois de la cité et, malgré lui, malgré elle, renvoyer Bérénice. Mais ces deux-là sont trois : Antiochus, ami indéfectible de Titus et amant délaissé par la reine, sera
l’autre victime de cette situation moqueuse des destinées. C’est ce que résument, pour qui connaît la pièce, les quelques vers choisis par Grégoire Motte.
D’abord apparaît, à la surface de la vitre, la douleur inquiète
d’Antiochus :
Pourrai-je sans trembler lui dire : Je vous aime ? (I, 2)
Puis, c’est Paulin, le confident de Titus, qui témoigne, dans un vers plutôt maladroit, de la
passion de l’empereur pour Bérénice :
Cet amour est ardent, il le faut confesser. (II, 2)
Mais Titus désespère :
(Que Rome avec ses Lois mette dans la balance)
Tant de pleurs, tant d’amour, tant de persévérance. (IV, 4)
Enfin, Antiochus sait que, si Titus veut lui confier Bérénice, elle acceptera peut-être de vivre
à ses côtés :
Ses yeux même pourront s’accoutumer aux miens. (III, 2)
Mais il sait également qu’elle n’aimera jamais que Titus.
Sauf à être suffisamment instruit de la tragédie de Racine, le spectateur ne peut, par ces seuls
vers écrits à l’anti-buée, en ressaisir l’histoire. D’autant que, sans que cela ne nuise en rien à la tonalité des vers cités, s’est glissé parmi eux une déclaration d’Achille à
Iphigénie :
Princesse, mon bonheur ne dépend que de vous. (Iphigénie, III, 4)
Mais c’est bien de tonalité qu’il s’agit. Le spectateur, pour peu qu’il se double d’un lecteur
un mininum instruit, repérera à coup sûr qu’il s’agit d’alexandrins. Voici donc la très solide tragédie classique réduite moins à des mots qu’à des sons, la musique si particulière des
alexandrins raciniens - musique tout intérieure, personnelle, silencieuse, puisque faite sans l’aide de la voix.
On peut s’amuser de voir le spectateur, tout à sa lecture muette, tenir le rôle du souffleur.
Mais, plutôt que de souffler, il s’agit d’exhaler l’air chaud de ses poumons, pour qu’à la surface froide de la vitre se produise le modeste prodige de rendre soudain visible ce qui se cachait
sous les reflets. Comment, à ce jeu-là, ne pas penser à Hitchcock, c’est-à-dire au personnage de Miss Froy, protagoniste d’Une femme disparaît, qui traçait son nom dans la buée déposée sur la
vitre d’un train. De même, Grégoire Motte nous aura laissé cette trace d’une ancienne présence, quelques vestiges en somme de la littérature que nous dégageons de leur gangue comme de précieux
archéologues.
C’est cela, l’ancienneté d’un langage amoureux, sa musicalité singulière, qui explique la
présence de ces vers dans une exposition, Daisy, qui jouait sur les codes amoureux dont étaient supposés user une certaine Mademoiselle Y et son voisin, Monsieur X. Ainsi y voyait-on des bouquets
de fleurs, des petites annonces parues dans le journal, des portraits de femmes réalisés à coups de tampons-encreurs indiquant leur numéro de téléphone ou bien des signaux lumineux à s’échanger
le soir. L’exposition, d’ailleurs, avouait d’entrée l’ambiguïté amoureuse : Daisy, puisque tel en était le titre, n’appelle-t-il pas tout à la fois un désir sentimental (Daisy, c’est d’abord
un prénom un peu désuet, un innocent diminutif, et le nom d’une fleur), sexuel (Daisy, en argot, désigne le sexe féminin) et infini (pour les Français, du moins : n’entend-on pas en Daisy un
désir qui se pâme, qui ne se prononce pas tout entier, qui ne s’achève pas ?). Dans cet ensemble de signes, les vers de Bérénice sont donc eux-mêmes des messages codés. Ce que disent ces
messages, c’est un écart de langage amoureux : nous sommes, en effet, à des années-lumière de Sex and the city et des récits du jour sur les relations entre sexe et politique. Citer Racine,
bien sûr, peut alors sembler une incongruité. Mettons, oui que ce soit un caprice de l’artiste : hop, une touche inattendue de classique pour parfaire le tableau évoquant les amours de
Monsieur X et de Mademoiselle Y. Mais c’est peut-être aussi, sans cuistrerie aucune, par simple goût de lire, une déclaration : la tranquille préférence pour les subtilités de la langue
racinienne plutôt que pour les spectaculaires excès de « l’extrême contemporain ».
Ainsi en est-il du travail de Grégoire Motte : même la rigueur la plus réputée de
l’histoire littéraire française se plie à son caprice. Et Google a raison, lorsque, ayant tapé les deux mots japonais mystérieux du titre de l’exposition en cours, cette puissance omnisciente
vous répond : « Essayez avec cette orthographe : Humoriste kudasai. » Car l’univers de Grégoire Motte, assez héritier de celui de Raymond Hains, est avant tout un royaume
de fantaisie. Il se compose de jeux de mots, de clins d’œil, de légers écarts et débordements. Il se nourrit de ce qui passe à portée et se construit au gré des rencontres, des souvenirs
d’enfance, des impressions de lecture, des péripéties du voyage. Grégoire Motte se constitue ainsi un vocabulaire aléatoire, ironique et sentimental, avec lequel il joue d’une exposition à
l’autre.
Il pleut. Le paysage, cette fois, est pourtant plutôt tropical et balnéaire, si l’on en croit
cette grosse méduse qui, se soulevant de la table où, d’ordinaire, la solitude la tient immobile, vous salue d’un soupir de plastique lorsque vous ouvrez la porte. Autre rappel métonymique d’un
bord de mer ou de piscine qui se souviendrait des quadrilles de homards de Lewis Carroll, une vague de tissu bleu, vague et voile à la fois, se laisse mollement agiter par le vent paresseux d’un
ventilateur posé à terre. Et puis « La Femme au perroquet », gravure à la date improbable empruntée au Musée des beaux-arts de Tourcoing3, nous renvoie à une imagerie d’îles et de
corsaires pour cartes postales. Preuve, pourtant, que cet empire de bric et de broc est moins éloigné de nos côtes qu’on le croit : au beau milieu de la pièce, éclairé par un store de néons
blancs, est suspendu un lumineux portrait transparent d’une chouette fille du bord de mer4 que Grégoire a « peint » avec pour seuls matériaux, l’huile et le papier du cornet de frites
amoureusement partagées un soir d’été du côté de Bray-Dunes. Mais, gaffe !, noir, féroce, l’œil étincelant, un chien veille : ne vous y laissez pas prendre, cette violence-là est une
illusion ; l’affreux Cerbère, explique Grégoire Motte, n’est qu’un chiot inoffensif que l’instant photographique seul (signé Gaëtan Bernard) a su métamorphoser en mâtin redoutable. Pourtant,
manière peut-être de rompre avec ce que cet ensemble d’éléments pourrait avoir de trop achevé, de trop narrativement cohérent, une tache explose à même le mur. Cette tache orange, brutale,
éclatante, physique, tout en cachant la tache « naturelle » que forme une porte au fond de la galerie, est une touche d’immédiateté, d’impensé, de libre cours, difficile à intégrer dans
un des possibles récits auxquels invitent, en effet, les bribes de ce puzzle éclaté dans l’espace. Autre élément de rupture avec le « bon goût », des prénoms de garçons et de filles,
sculptés en bas-relief dans le bois tendre d’une lunette de wc, attendent d’être imprimés sur la partie la plus délicate de l’anatomie de leurs éventuels partenaires.
Pris dans cet environnement d’images et d’objets, je me dis que je me suis rarement vu à ce
point invité à déambuler, funambuler pourrait-on même dire, entre art et littérature, présence et désuétude, humour et mélancolie cheap. Et qu’il est assez surprenant que cette invitation me soit
faite par un artiste de trente ans.
Dehors, l’averse s’est tue. Une flaque, éclairée par un spot, retient dans un creux percé dans
le sol de la cour, des jeux revenus de l’enfance : « C’est la marmite des sorcières, dit Grégoire Motte. Chacun peut y mettre ce qu’il veut et se fabriquer sa potion. On faisait ça
quand on était enfants. » Telle doit être l’interactivité selon Grégoire Motte : ne rien demander d’autre au spectateur qu’un peu de son haleine ou de son imagination. De sa mémoire aussi.
Alors, moi spontanément j’y ai mis ceci, dans la marmite des sorcières :
Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Et puis j’ai laissé les sorcières poursuivre leur sabbat de mots, d’images et d’associations d’idées à l’intérieur de mon crâne, jusqu’à ce qu’elles décident de disparaître d’elles-mêmes, comme
font toujours les sorcières.
Gilles Froger, ERSEP, 2006
1 Kumorasete Kudasai & invitation à Gaëtan Bernard, Commissariat : Christelle Manfredi, du 17 novembre au 15 décembre 2006, 36 bis, la
galerie de l’école, ERSEP, Tourcoing
2 « Embuez », Daisy, artconnexion, Lille, 2003 ; Galerie Weekenders, Tokyo, Japon, 2004
3 Parallèlement à l’exposition ayant lieu à l’ERSEP, se tînt au Musée des beaux-arts de Tourcoing une autre exposition de Grégoire Motte, précisément intitulée La Femme au perroquet.
4 Référence, là, bien sûr, à Adamo, qui nous aura appris que les filles du bord de mer n’étaient pas précisément nées de la dernière
averse.
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« L’art contemporain nous enseigne que se promener sur terre est encore plus insensé que de marcher sur la lune »
Raymond Hains, in Raymond Hains Akzente 1949-1995 Museum Moderner Kunst Stifunghindung, Vienne, 1995, p.30.
Nous nous trouvons souvent
confronter dans la création actuelle au devoir d’exposer sa légitimité, son rôle social, son rôle intellectuel, à la confrontation avec l’histoire (ce qui rassure ou assure) à sa confrontation
aussi à sa contemporanéité (ce qui angoisse). L’œuvre semble aujourd’hui généralement (et nous généralisons) vue comme une solution à une question, une problématique, une quête « mystique » de
sens. Mais pas comme un potentiel. Et qu’est-ce que le potentiel ? C’est peut-être ce qui n’a pas besoin d’être nommé justement. Et c’est une difficulté que de ne pas « nommer », car fatalement
c’est pris pour de la fainéantise, ou pire encore, une fuite.
Alors faut-il se jeter à l’eau et
tout simplement dire que le travail de Grégoire Motte ne dit rien et ne nous explique rien. Peut-on simplement le résumer à un irréductible rendez-vous ? Là encore et si l’on y prête un peu
attention, nous parlons ici de rendez-vous affectifs, de rendez-vous sentimentaux, on sait que ce type de rendez-vous n’est pas facile.
L’activité productive de Grégoire
Motte apparaît d’abord comme l’établissement d’une encyclopédie infinie, il se réserve des objets et des procédures, des attitudes et des actions, d’ailleurs on se demande si les objets ne le
choisissent pas, plutôt que l’inverse. Il construit à l’instar de Tristan sa « Salle aux images », à ceci de différent qu’elle n’est pas exclusive à son propriétaire-bâtisseur. Aussi, il délègue
au spectateur le soin, suprême paresse, d’une part de son travail. De cela il faut s’expliquer. Il crée un espace favorable au rêve, à l’action aussi ; il propose une disponibilité de discerner
et de penser avec les éléments déjà là, peut-être trop d’ailleurs pour qu’on puisse les voir, ou les observer avec le recul nécessaire. Raymond Hains dirait qu’elle crève les yeux, c’est pourquoi
nous ne les percevons pas. Son exploration créative dépasse ainsi le simple dandysme, car si le point de départ puise assurément dans une « mythologie personnelle », l’espace d’action qu’il
déploie s’offre à chacun. Ainsi chaque pièce, chaque œuvre ou geste, sont les éléments d’un tout qui se voudrait un conforme « normalement nuancé ». Et c’est dans notre fantastique qu’il faut le
puiser. Nous pourrions vivre notre monde réel comme un roman…Et là encore faut-il s’employer à expliquer, Grégoire Motte n’échafaude pas une fiction narrative fantastique, c’est par trop
confortable, au contraire, il pétrit dans le réel et il modèle à partir de ce dernier une possibilité de le lire comme une fiction. L’artiste construit une vision abstraite et intuitive de notre
réalité : avant de changer le monde il s’agit de changer la vie, et la penser en " moments ", comme de minuscules apparitions, comme le décrit Henri Lefebvre, des " moments " qui naissent de la "
vie quotidienne ", dans ce " qui reste quand on a éliminé toute activité spécialisée ". Il agit à l'instar des situationnistes: "Là où le monde réel se charge en simples images, les simples
images deviennent des êtres réels, et les motivations efficientes d’un comportement hypnotique. A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est
le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir, le spectacle est le gardien de ce sommeil."
Grégoire Motte monte ainsi des
miscellanées d’artifices, dans lesquelles l’artifice tient lieu d’expérience ou plutôt de possibilité d’expérience.
kumorasete kudasai etc...
" (…) Cette porte camouflée-exposée renvoie aux fenêtres et aux stores, il y a quelque chose du bricolage…de la construction…C’est aussi l’importance qui existe en histoire de l’art : l’ombre et
la lumière, le clair-obscur… C’est aussi un enfantillage, quelque chose qu’on peut faire dans sa chambre. Il s’agit de se créer son propre paysage artistique, son espace de projection et de jeu.
Chaque pièce, et en particulier la potion, est une projection, mais tellement floue et large, qu’alors tout peut arriver. Les souvenirs d’enfance sont des souvenirs vagues, avec des projets
incertains.
Le portrait gras ou la méduse sont des objets mouvants et chimériques. Ils sont des points de concrétions qui renvoient aussi à l’acte artistique, poser le problème de la création m’implique mais
implique aussi un spectateur. Ainsi la projection peut-être soit matérielle, soit immatérielle. D'ailleurs, le spectateur est invité plutôt que conduit.
Une exposition est paradoxalement un moment statique, sans mouvement, on est au seuil du mouvement, au départ de l’élan, il s’agit alors de provoquer un surgissement dans le territoire de
l’ennui. Cela s’apparente aussi au désir de griserie, une sorte de mélancolie joyeuse, une immobilité active.
Le répertoire, ou l’encyclopédie, construite, n’est pas alors un catalogue de pièces originales ou de bonnes idées. Il y a construction d’un imaginaire. Il se crée quelque chose de l’ordre de la
cosa mentale. Comme dans Songe d’une nuit d’été ou dans Macbeth de William Shakespeare où le filtre, la potion, tient une place importante, ou, au contraire ne peut être qu’un élément dans
chronologie de la narration, mais dans tous les cas, elle fait office de catalyseur, de déclencheur, … chaque pièce enferme cette logique constitutive et constructive.
Dans le même temps, l’espace provoque les pièces, mais il ne les construit pas, il engendre mais elles peuvent ensuite être déplacées. Comme Belgium Proximus, la piscine, elle naquit ailleurs,
dans d’autres circonstances, mais elle continue à exister, elle découvre une nouvelle lecture induite par le lieu. Il ne s’agit pas forcément d’une lecture originale, comme elle est simplement
différemment entourée, il y a forcément des interactions singulières qui se créent entre les pièces, le lieu, le temps. L’exposition apparaît donc comme une construction de détails, il n’y a pas
de limite, mais il y a une quand même construction dans le sens où chaque pièce intercède avec les autres, la porte évolue donc en un objet sur lequel on se cogne à la fin, cette tache qui est
peut être autre chose, et qui se place là où il n’y a rien. C’est à la fois un acte idiot mais qui, dans le même temps, fédère. Une sorte de "contre-poing" dans la face du spectateur.
Dans mon travail, les pièces sont "fraîches", vite élaborées, ce ne sont pas des concepts et des objets ruminés, les pièces arrivent, comme dans une sorte de jeunesse. Puis, il se crée une
génération des pièces en fonction de leur présence dans les expositions et les interventions. Il y a aussi quelque chose d’indéfini dans le présent, et c’est pour cela que je parle parfois de
"monstres", qui sont des êtres indéfinis. Ce ne sont pas tant les matériaux ou les objets qui importent d’où peut être une élaboration des pièces très simple, presque pauvre, qui n’implique pas
une réalisation fastidieuse. Cela, à mon avis, nuirait au voyage en train de se créer. C’est l’inverse de l’explorateur qui prépare longuement son périple en tentant de prévoir l’imprévisible.
Ici l’imprévisible est constant et peut-être se doit-il d’être prégnant. C’est comme dans la vie, il y aussi une perte de contrôle parfois... Et se laisser égarer peut être générateur de ces
imprévus constructifs dont parlent les surréalistes. L’exploration se fait dans un mouvement permanent de non contrôle. C’est à la limite parfois de la performance, l’objet n’étant qu’un
intercesseur : de comment naît une action et l’objet qui peut en résulter. L’acte de peindre ou de recouvrir la porte par exemple, devient-il plus important que la porte peinte…Je me demande
aussi ce qui peut parfois conditionner une action plutôt qu’une autre, parfois il y a une forme d’évidence à la construction d’une action…mais de là à parler de performance dans l’acception
historique qu’on lui donne…
Tout existe, il suffit de le défaire et de le faire, de le démonter en quelque sorte (…) ."
Grégoire Motte / Yannick Courbès
Novembre 2006